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L’année des méduses ?? .. ou pas ...




Patrice Bernard recense depuis 30 ans auprès des postes de secours du littoral de Méditerranée le nombre de piqûres de méduses sur des estivants. Des données précieuses pour mettre au point d'ici à 2012 un "bulletin météo ¨Méduses".



Méduse qui pique
Méduse qui pique
Au début des années 1980, "les gens ont commencé à s'alarmer de la venue de méduses sur nos côtes.


Et puis en 1983, j'assiste à Athènes à une conférence sur la prolifération des méduses, organisée, dit-on, après que Margarita Papandreou (Première dame de Grèce à l'époque) se serait fait piquer par une Pelagia"
, raconte, Patrice Bernard installé à Nice depuis plus de 35 ans.


Ce biologiste de l'Inserm l'Institut National de la Santé et de la recherche médicale, a décidé de répertorier, sur son temps libre, le nombre d'estivants piqués par les méduses sur le littoral méditerranéen, et notamment par quatre des espèces les plus représentées: Pelagia noctulica (la plus urticante), Aurelia aurita (transparente, peu urticante), Rhizostoma pulmo (plus grosse, d'un bleu laiteux) et Cotylorhiza tuberculata (en forme de sombrero brun-jaune). Il est remonté jusqu'en 1978 pour les piqûres enregistrées au Larvotto, la plage principale de Monaco, "premier poste d'arrivée des méduses dans la région, portées par le courant ligure".


Pour étendre son étude, le biologiste a fait appel au ministère de l'Intérieur et a obtenu des fonds d'ONG internationales (OMS, FAO, Unep). Et il a mis en place une coopération avec différents postes de secours, tenus par des policiers ou pompiers qui lui ont envoyé chaque été leurs relevés quotidiens du nombre de méduses observées, de piqûres, de soins prodigués, mais aussi - jusqu'aux années 1990 - des données sur la houle et les vents. Patrice Bernard est à cette époque en rapport avec 104 postes de secours, de Port-Vendres à Monaco, en passant par la Corse. Après 1998, le réseau décline, le ministère prétextant "une surcharge de travail" des maîtres nageurs sauveteurs. Aujourd'hui, Patrice Bernard ne travaille plus qu'avec une douzaine de postes de secours de Nice, Beaulieu-sur-Mer, Monaco.


"Ce qui m'intéresse, c'est l'aspect médical, mais aussi écologique: pourquoi y a-t-il des variations de population des méduses qui nous piquent?", s'interroge le scientifique. Ses observations lui ont permis de constater qu'il y a eu abondance de méduses de 1981 à 1985, puis de 1994 à 2008. Entre les deux, presque rien... "Certains scientifiques disaient qu'il y avait des années à méduses, d'autres sans. Aujourd'hui on n'en sait pas plus".


Ces données servent à l'Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer qui s'est donné pour objectif la mise au point d'ici à 2012 d'un "bulletin météo méduses" départemental, avec le soutien du conseil général. Le but: est de prévoir les mouvements des bancs avant qu'ils n'échouent sur les plages. Selon Gabriel Gorsky, directeur de l'observatoire "L'observation, c'est le nerf de la guerre pour pouvoir faire des prévisions. C'est pourquoi les informations collectées sur une si longue période par M. Bernard nous sont si précieuses".


Un nouveau réseau d'observation, mis en place par l'Observatoire, prendra le relais sur internet, avec l’aide des baigneurs vigilants. Mais cette récolte ne devrait être que partielle, note Patrice Bernard. "Jamais les gens ne se connecteront pour dire qu’ils n’ont pas vu de méduse. Or, l'absence de méduse, c'est aussi une information".



Dominique Desaunay
09/08/2011
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